Rappel 24 oct. 2008
L'ancien directeur des Renseignements généraux (DCRG), Yves Bertrand, a assuré vendredi ne pas "avoir rémunéré" de journalistes comme il l'aurait consigné dans ses "carnets secrets", saisis par la justice, et dont la publication d'extraits dans la presse a provoqué une série de plaintes.
Interrogé par le site d'informations en ligne Mediapart, l'ex directeur des RG de 1992 à 2004 assure que "c'est complètement faux" de dire qu'il "aurait rémunéré certains des journalistes" qui venaient le voir lorsqu'il était en activité.
Selon plusieurs sources ayant eu accès à ces carnets, M. Bertrand a consigné dans ceux-ci une dizaine de noms de journalistes avec, pour au moins l'un, une somme d'argent, en francs, en face de son nom.
"Que l'on propage cette rumeur est particulièrement ignoble, déclare M. Bertrand à Mediapart, c'est insultant pour votre profession (de journaliste)".
L'ancien DCRG revient également longuement sur les "rumeurs" et les "ragots" qui étaient inscrits, selon lui, dans ses carnets.
"Je notais sur mes carnets des rumeurs pour protéger ceux qui en étaient la cible", fait-il valoir citant à cet égard Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'Intérieur, ou l'ancien Premier ministre Lionel Jospin.
L'ancien DCRG a déposé plainte contre X mercredi pour violation du secret de l'instruction, violation du secret professionnel et recel pour la divulgation de ces carnets dans Le Point.
Dans ces 23 carnets à spirale rédigés entre 1998 et 2003 sont consignés indiscrétions, soupçons, rumeurs accusatoires, prétendues "affaires" de sexe et d'argent, M. Bertrand soutenant qu'il s'agit de "brouillons".
Ces carnets ont été saisis et placés sous scellés en janvier 2008 dans le cadre de l'instruction de l'affaire Clearstream de dénonciation calomnieuse.
Plusieurs personnes citées dans ces carnets ont déposé plainte
au premier rang desquelles M. Sarkozy.
Saisi par le chef de l'Etat d'une plainte contre Yves Bertrand, le procureur de Paris apparaît aussi dans les sulfureux carnets de l'ex-patron des RG.
Nicolas Sarkozy entend supprimer le juge d'instruction, fonctionnaire réputé « le plus puissant de France », au profit de l'omnipotence du Parquet. Le Président de la République estime que le juge d'instruction « ne peut être l'arbitre » des enquêtes judiciaires, contrairement au procureur de la République qui, dans ce projet, se verrait attribuer le rôle de chef des enquêtes.
Un tel transfert de compétence pose la question de l'indépendance des magistrats du dit Parquet, indépendance que ces derniers viennent d'ailleurs de réclamer . Au delà de l'indépendance à l'égard du politique, se pose la simple question de l'indépendance à l'égard de toute forme de coercition ou de tentation. C'est d'ailleurs stipulé dans le serment des magistrats. Pas sûr que tout le monde en soit farouchement convaincu...
Sulfureuse annotation
L'affaire des carnets noirs de l'homme réputé le mieux informé de France, l'ex-patron des Renseignements Généraux, Yves Bertrand, et dont des extraits sont cités en audience publique par le Président de la 11° chambre correctionnelle au procès de l'Angolagate, pose ainsi un grave problème de principe. L'enquête préliminaire sur ces carnets voit un même magistrat –Jean-Claude Marin – diriger les investigations préliminaires et être cité par le principal protagoniste du dossier.
Ainsi dans son « pense-bête » Yves Bertrand croit-il utile de noter :
« Marin = Tenu à Nanterre a arrangé 1 aff financière Bernheim Descours (André) a etouffé avec du fric versé sur 1 compte à l'extérieur. »
Yves Bertrand consigne ensuite que cette information aurait été recueillie au cours d'un dîner par le fils de Charles Pasqua, Pierre.
Rien, faut-il le préciser, bien sûr, ne laisse préjuger d'une véracité quelconque des notes d'Yves Bertrand. C'est une évidence confortée par de nombreuses autres annotations fantaisistes déjà repérées dans les carnets.
Les 23 carnets" noirs" de l'ancien patron des RG ( 2000 pages) recèlent encore bien des surprises. Ci-dessus l'étonnante note consignée par Yves Bertrand sur l'un des plus hauts magistrats du pays.
Mais les mots ont un tel poids qu'on attend avec impatience la réaction du Parquet Général devant une telle mise en cause d'un des plus hauts magistrats. Et d'autant plus que l'affaire évoquée par Yves Bertrand, le contentieux judiciaire autour des chaussures André est une affaire bien réelle, laquelle s'est effectivement soldée par un non-lieu au profit d'Antoine Bernheim, l'un des plus puissants patrons français. Contre l'avis du juge d'instruction, Yves Dando, le Parquet de Paris avait soutenu, en 1996, la prescription des délits (abus de biens social) retenus par le juge contre M. Bernheim. A la même époque, Jean-Claude Marin est procureur adjoint à Paris en charge des affaires financières, dont il est considéré comme l'un des meilleurs spécialistes.
En second lieu, il convient de relever qu'il s'agit de la mise en cause d'un haut fonctionnaire par un autre haut fonctionnaire. Les deux hommes se connaissent, leurs fonctions respectives les conduisant inévitablement à travailler sur les mêmes dossiers. Ceci pendant des années. Yves Bertrand n'a donc pas là seulement consigné un simple « ragot » concernant un inconnu ou quelqu'un qui lui est indifférent. C'est d'un magistrat qu'il connaît depuis des années qu'il « parle ».
Cécité générale...
Or, cette mise en cause du procureur de Paris n'a jamais été mentionnée nulle part. Dieu sait pourtant si « indiscrétions et ragots » pêchés « en eaux troubles » par le « graphomane » n'ont pas manqué de stimuler l'ardeur de la presse à se procurer, puis à disséquer, les 23 carnets saisis en 2008 lors d'une perquisition au domicile d'Yves Bertrand dans le cadre de l'affaire Clearstream.
Rappelons que c'est le Parquet de Paris qui, comme l'a révélé Bakchich, a recueilli la plainte déposée par le Président de la République pour « atteinte à la vie privée » et « dénonciation calomnieuse ». Les « brouillons » du patron de RG contiennent en effet des notes selon lesquelles Nicolas Sarkozy aurait touché de l'argent ; des notes évoquées cette semaine par le Président Parlos aux audiences de l'Angolagate ; d'autres notes de Bertrand suivent comme le lait sur le feu sa vie privée et encore la couleur des rideaux de Cécilia...
Une lecture attentive des mêmes carnets montre qu'à l'évidence, Yves Bertrand ne s'est pas fait saisir ses carnets par « surprise », mais que de longue date, il s'était préparé à cette éventualité. Il a pris soin de biffer certains noms qui pour certains, pouvaient représenter un danger pour lui, et notamment dans le cadre de l'atteinte à la vie privée. D'autres biffures visent à protéger des proches et notamment un important responsable syndical de la police, dont les fins de mois difficiles sont améliorées de quelques gratifications issues des fonds secrets. Parmi les passages qu'Yves Bertrand a choisis de ne pas soustraire à la curiosité générale et en premier lieu à celle de la justice, l'un concerne précisément l'homme qui est au c½ur de toutes ces brulantes procédures en cours. Il s'agit de Jean-Claude Marin, l'actuel procureur de Paris, deuxième magistrat du pays.
« Puisqu'on m'accuse ! »
Si Yves Bertrand s'est fait relativement discret ces dernières semaines – trêve des confiseurs oblige –, il sait aussi distiller des messages, fusse par des canaux discrets. On retiendra tout particulièrement celui diffusé par l'intermédiaire du journaliste Jean-Paul Cruse (ce dernier n'est pas l'un de ses plus farouches détracteurs), message consigné sur le site de ce dernier « le monde réel ».
Ainsi, à la date du « Dimanche 19 10 2008, 15h37 » (sic), on trouve trace de la déclaration suivante :
« Puisqu'on m'accuse d'avoir enregistré, sur des carnets que je n'ai confiés, moi, à personne, et surtout pas aux journalistes, "rumeurs et ragots" dérangeants sur les uns et les autres, que le parquet prenne l'initiative d'ouvrir des poursuites sur les turpitudes mentionnées, vraies ou fausses... Et qu'on m'accuse alors, si les notes des carnets correspondent à des faits réels et vérifiés, d'avoir violé l'article 40 du code pénal, qui exige de tout fonctionnaire qu'il signale au parquet les délits ou les crimes dont il a connaissance. Ou si, enquête faite, c'est faux, alors qu'on le dise. Et on verra... »
Une déclaration qui claque comme une sorte de défi à l'autorité judiciaire. Que celle-ci ne manquera certainement pas de relever.
La réponse du Parquet de Paris
Sollicité par Barkich mercredi 14 janvier, Jean-Claude Marin, « très pris », n'a pas pu répondre personnellement à ses questions. Porte-parole du Parquet de Paris, Mme Isabelle Montagne nous a toutefois déclarés, à propos des notes d'Yves Bertrand, que « ce sont des allégations, des propos mensongers. Il n'y a eu aucune tentative d'étouffer une affaire dans laquelle il y a eu des condamnations et qui est allée jusqu'à la Cour de Cassation. » Mme Montagne n'a pas souhaité commenter le problème de principe soulevé par la mise en cause du procureur chargé de cette enquête préliminaire, par l'un des principaux protagonistes.
L'affaire est tellement complexe qu'on en perd son latin , entre un patron R-G corbeau , qui avait demander à l'époque une protection judiciaire à Michèle Alliot-Marie , Nicolas Sarkozy y figurait naturellement en bonne place : résidence «payée au black» ; «introduit chez Bongo», président du Gabon, pour «prendre du fric en liquide» ; employé chez Elf comme «consultant avec un petit bureau». Plus diverses fielleries sur ses deux premiers mariages, l'affaire Clearstream, les prévenus du procès Angolagate etc...Le message est passé, discrètement et fermement : Yves Bertrand ne doit pas remettre les pieds place Beauvau. « Je vais le fendre en deux », aurait ajouté, en privé, Nicolas Sarkozy. A quelques semaines de la retraite, l'ancien patron des RG ne pourra plus offrir à ses visiteurs du soir -souvent journalistes- le traditionnel verre de l'amitié.
Celui qui fut l'homme le plus informé de France est donc passé, du jour au lendemain, du statut de haut fonctionnaire redouté pour sa connaissance des réseaux à celui de « fonctionnaire nuisible », comme l'a dit Lionel Jospin. Machiavel du renseignement intérieur ou bouc émissaire ? « Je faisais mon métier », déclare-t-il dans un entretien à Rue89. Quelques coups tordus en prime.
Yves Bertrand s'occupe de ses deux enfants et petit-enfants.
Son fils, gardien de la paix, a eu un grave accident où il fut grièvement brûlé.
Son bureau est désormais au fond d'un couloir.
Dans Le Point du 26 novembre 2008, Imad Lahoud a affirmé qu'il notamment vu Yves Bertrand, dans son bureau pour ajouter le nom de Nicolas Sarkozy sur les faux listings. "La dernière fois que j'ai vu Bertrand, c'était dans son bureau, pour ajouter le nom de Sarkozy sur les faux listings. C'est le seul nom que j'ai ajouté. C'était en présence d'une troisième personne, dont je préfère pour l'instant taire l'identité", a déclaré M. Lahoud. M. Bertrand affirme lui qu'il n'a "jamais vu ni entendu M. Lahoud, ni dans (son) bureau ni ailleurs".
Imad Lahoud (né au Liban) est un homme d'affaires et informaticien français cité dans plusieurs affaires politico-financières, en particulier l'affaire Clearstream 2